You Are Here: Home » Actualité » Economie » Perte du AAA: Le procès facile des agences de notations

Perte du AAA: Le procès facile des agences de notations

Après la perte du AAA français, les agences de notations ont fait l’objet d’un déluge de critique, une question qui peut faire polémique se pose: Et si S&P avait eu raison de dégrader la France?

Le fardeau de la dette

 

La question posée en préambule de cet article va à l’encontre de la pensée unique du moment qui consiste à conspuer le rôle des agences des notations, symbole de la dictature de la finance sur les peuples, laquelle oppresse les gouvernements démocratiquement élus à prendre des plans de rigueur. Les politiques, de tout bord confondu par ailleurs, n’ont pas manqué de le rappeler depuis ce fameux Vendredi 13 Janvier 2012, jour où la France a perdu son AAA pour Standard&Poor’s.

Alors oui, les agences de notations sont loin d’être irréprochables, elles ont joué un rôle considérable dans la crise des subprimes, elles sont passées à travers sur l’affaire Enron, on peut critiquer un certain clientélisme du fait que ce sont les clients qui paient pour avoir une note, bref, on l’aura compris, elles sont loin d’être parfaites. Pourtant, elles n’ont jamais été aussi fortes qu’aujourd’hui, un paradoxe?

Un acteur devenu incontournable

Si les agences de notations ont autant de pouvoir aujourd’hui, c’est qu’elles sont devenues incontournable, et pour s’en rendre compte, il faut s’intéresser à leur fonction. Une agence de notation est une entreprise privée qui a pour client des entreprises qui vont la payer afin d’obtenir une note sur leur solvabilité financière. Plus simplement, lorsqu’une entreprise veut emprunter sur les marchés financiers (sur le marché obligataire spécifiquement), elle peut décider de payer une agence de notation afin d’avoir une note, cette note correspond à la capacité à rembourser de l’entreprise, et cette note va constituer une garantie pour les investisseurs qui vont prêter leur capitaux, celle de retrouver leur argent à l’échéance. Donc, plus l’entreprise aura une bonne notation, plus elle va être considérée comme une entreprise sûre, et elle pourra emprunter avec des taux faibles. La notation est devenue une norme à suivre pour les entreprises si elles veulent avoir des capitaux sur les marchés, et les investisseurs sont progressivement devenus dépendant des notations, n’ayant pas le temps, ni l’envie, ni les moyens d’analyser la santé financière des entreprises, ils ont délégué cette tâche aux agences de notations.

Cependant, cette montée en puissance des agences de notation à été concrétisé dans les années 1970 par un nouveau type de client, les Etats. Alors, subitement, on peut s’interroger sur le fait que les Etats viennent taper à la porte des agences de notation.

1974: l’année du dernier budget de la France à l’équilibre

Si les Etats ont eu besoin des notes des agences de notation, c’est avant tout parce que leur budget ne parviennent plus à être à l’équilibre, autrement dit, l’Etat dépense plus que les recettes qu’il engrange, et il doit donc aller sur les marchés afin  de trouver le complément auprès d’investisseurs (fonds de gestion, banques, voir même Etats…). Pour ce qui concerne la France, le dernier budget à l’équilibre date de 1974, mais il faut s’intéresser à un évènement qui s’est passé un an auparavant. En effet, en 1973, sous Pompidou, une loi, la loi 73-7 dite « loi Rotschild » est venue réorganiser la Banque de France, précisément, son article 25, dans une phrase, dont l’étudiant en Droit que je suis, ne peut qu’apprécier l’intelligibilité :  »Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France« . Très concrètement, l’Etat ne peut plus emprunter auprès de la Banque de France comme il le faisait avec des taux souvent très faibles ou nul. De facto, l’Etat a dû aller sur les marchés pour financer son déficit budgétaire.

Et depuis 1974, toujours pas de budget à l’équilibre, alors que la première notation de la France de Standard&Poor’s intervient une année plus tard, l’agence attribua le AAA, la note suprême que l’on vient donc de perdre Vendredi dernier. Toujours dans cette rétrospective historique, on pourra noter ce qui fût amèrement dénommé par certain de l’emprunt du siécle, l’emprunt Giscard qui de 1973 à 1988 consistait à emprunter pour 7 milliards et demi de Francs pour une durée de 15 ans, avec un taux d’intérêt de 7 %, avec la particularité d’être indexé sur le cours de l’or, l’addition au final, après la flambée du cours de l’or est de 90 milliards de Francs, on peut raisonnablement penser que même avec un AA+ dorénavant,  il sera difficile de faire pire…

Un appel à la responsabilité des politiques

Il ne faut donc pas se tromper de coupable, il est facile pour les politiques de s’exonérer aux yeux de l’opinion publique de 40 ans de mauvaise gestion en accusant les agences de notations. Celles-ci ne sont que les baromètres d’une situation financière déplorable, 1689 milliards d’€ de dettes, soit 86% du PIB, un déficit budgétaire entre 5.5-5.7 % du PIB, la charge de la dette (le remboursement des intérêts de la dette) est même devenu le premier poste de dépense dans le budget de l’Etat devant l’éducation, avec 48.8 milliards d’intérêts à payer. Alors, comment peut-on s’étonner que la France perde son AAA? On pourrait même aller jusqu’à s’étonner qu’elle ne le perde qu’aujourd’hui, S&P avait déjà sonné la siréne d’alarme en 2005 en disant que la France était « en train de glisser en bas de la catégorie AAA », la glissade a donc durée 6 ans. Ce qu’il faut comprendre dés lors, c’est qu’un moment ou un autre, nous allons devoir payer les erreurs de gestion de ses 40 dernières années, plusieurs possibilités s’offrent alors: la rigueur; l’inflation; la croissance.

La rigueur, parlons-en, le premier plan de rigueur annoncé le 24 Août, prévoit 11 milliard d’économies, le second, annoncé le 7 novembre, rajoutait 7 milliards d’économie, notamment avec le passage de la TVA à un taux intermédiaire à 7%, qui ne concernera pas l’alimentation,  l’énergie et les services destinés aux handicapés. Autre mesure emblématique, la Taxe sur les Sodas, qui rapportera la coquette somme de 250 millions d’euros. Face à ces mesures, on peut tenter de faire la comparaison avec un pays pas si loin du notre, la Grande-Bretagne. Le plan de rigueur britannique prévoit 110 milliards d’économie à horizon 2015, avec des mesures comme  la hausse de la TVA  qui est passé de 17,5 % à 20 % au début de l’année dernière; un gel du salaire des fonctionnaires pour deux ans, et la mesure la plus forte, les ministères « non protégés » (autres que santé et aide internationale) verront leur budget réduit de 25 % en moyenne d’ici à 2015.

Le ratio dette/PIB de la Grande-Bretagne atteint 77%, le déficit budgétaire est proche des 10%, pourtant, elle détient le AAA, et il ne semble pas être menacé car contrairement à la France, où une lutte sanglante a eu lieu sur une taxe Mickey qui devait rapporter 90 millions d’euros, qui finalement n’a pas vu le jour suite à un lobbying intense, le gouvernement britannique a choisi de s’attaquer au problème de la dette de manière frontale, quitte à perdre les prochaines élections…

La seconde solution, c’est l’inflation, mécaniquement elle diminue la dette en valeur, cependant, les traités européens prévoient, et c’est dans le mandat de la Banque Centrale Européenne, de maintenir l’inflation en dessous de 2%, elle était de l’ordre de 2,4% en 2011. Cette solution sera donc marginale.

La dernière qui se présente spontanément, c’est la croissance, mais la croissance ne se décrète pas et les plans de rigueur successifs sont autant de freins à celle-ci, il s’agira donc de faire des choix stratégiques, améliorer la compétitivité, renforcer l’accès au crédit pour les PME, on peut espérer que la vague de dégradation fasse redescendre le cours de l’euro, excessivement haut, vers des niveaux plus raisonnables, comme 1,10-1,15 $ pour 1 €, bien qu’il existera un contrecoup avec la hausse du prix du pétrole, qui est exprimé en dollars.

Pour conclure, même si un tel sujet n’appelle pas de conclusion, c’est à nos gouvernants, et à nos futurs gouvernants de prendre leurs responsabilités, car il ne faut pas oublier que si l’Etat était bien géré, la question du AAA ne se poserait même pas et on n’aurait pas à subir ces plans de rigueur. Il s’agit d’appliquer une régle simple, que chaque ménage, chaque entreprise se résout à suivre: Ne pas dépenser plus que l’on gagne, sinon, il faudra payer un moment ou un autre, la dette s’accroît de 80.000 € par minute environ, il n’y a plus de temps à perdre…

Christophe Crépin

Lien pour consulter le communiqué de Standard&Poor’s expliquant la perte du AAA : http://www.standardandpoors.com/servlet/BlobServer?blobheadername3=MDT-Type&blobcol=urldata&blobtable=MungoBlobs&blobheadervalue2=inline%3B+filename%3DFrance_Abaissement+de+note_13-01-2012_VF.pdf&blobheadername2=Content-Disposition&blobheadervalue1=application%2Fpdf&blobkey=id&blobheadername1=content-type&blobwhere=1244056534875&blobheadervalue3=UTF-8

Lien pour consulter le compteur de la dette publique de la France en temps réel : http://cluaran.free.fr/dette.html

Leave a Comment

© 2010-2012 : Radio VL - Premier Media Jeune : Tous droits réservés

Scroll to top