Cela faisait partie des promesses de campagne du candidat Hollande : le mariage homosexuel, enfin autorisé en France. Celle ci serait votée début 2013. Une initiative qui, ainsi que l’on pouvait s’en douter, n’est pas du goût de l’Église. Un appel à la mobilisation a donc été lancé pour cet été, au travers d’une prière (disponible ici )écrite par le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France.

 

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Le ton y est implicite ; il y est seulement précisé que l’Église prie «pour celles et ceux qui ont été récemment élus pour légiférer et gouverner ; que leur sens du bien commun de la société l’emporte sur les requêtes particulières et qu’ils aient la force de suivre les indications de leur conscience». L’allusion continue quelques lignes plus loin : «Pour les enfants et les jeunes (…) qu’ils cessent d’être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinemL’Église française contre le mariage homosexuel.ent de l’amour d’un père et d’une mère». Pourtant, personne n’est dupe. Le Collectif contre l’homophobie (CCH) remarque que «le texte est parfaitement anodin, écrit dans le plus pur style sibyllin que l’Eglise catholique manie avec brio». Pour Nicolas Gougain, porte-parole de l’Inter-LGBT (Lesbiennes-gay-bi-trans), cette insistance à« parler des familles, insister sur le fait qu’elles reposent sur un père et une mère» rend le message parfaitement clair : « on sait très bien que la prière fait allusion au mariage homosexuel… ». Les membres de l’association David et Jonathan, qui défendent les intérêts des catholiques homosexuels, regrettent le contenu de ce texte. Elisabeth Saint-Guily, membre du bureau de l’association, pense que « ceux et celles qui iront assister à la prière de leur paroisse par souci d’unité de la communauté recevront un coup de poignard quand ils entendront ce texte ». Il lui reste toutefois un espoir : « les paroisses ne suivront peut-être pas toutes ce texte ». Certaines paroisses comme l’église Saint-Merri de Paris, connue pour sa tolérance envers la population gay, ne liront pas la prière universelle envoyée par le cardinal André Vingt-Trois aux évêques pour l’Assomption.

Extrapolations ? Après tout, la prière ne fait peut-être allusion qu’aux difficultés des familles divorcées à veiller au bien être de leurs enfants, déchirés entre les intérêts de l’un ou de l’autre. De plus, même si cette prière faisait bien allusion au mariage homosexuel, l’Église a tout à fait le droit d’exprimer son avis sur la politique du gouvernement, ni plus ni moins que tout citoyen, même si dans le même temps, elle discrimine certains de ses propres fidèles.

Mais cela ne va plus lorsque l’institution religieuse pense son rôle plus important que celui… du parlement lui même ! Dans Le Progrès, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon (l’une des plus hautes autorités de l’Église catholique en France) déclare : “notre désir est que la loi n’entre pas dans des domaines qui dépassent sa compétence. Un Parlement est là pour trouver du travail à tout le monde, (…) pour s’occuper de la sécurité, de la santé ou de la paix. Mais un Parlement, ce n’est pas Dieu le Père“. Ainsi, pour l’Église, ce serait à elle de statufier sur de telles questions. Une affirmation un peu étrange, lorsqu’on songe que la France est un pays laïc depuis 1905. L’Église, tout comme n’importe quelle autre institution religieuse, n’a donc aucun droit de regard sur les lois françaises. Il semble qu’il y ait également confusion entre mariage civil et religieux. Si l’institution religieuse peut choisir librement d’instaurer (ou non) le mariage homosexuel dans sa propre paroisse, il n’en va pas de même pour le mariage civil et laïc. Sinon, il s’agirait là d’un bond en arrière considérable.

 

 

Leïla Cassar

 

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À propos de l'auteur

Leila Cassar

Hypokhâgneuse à ses heures perdues, mangeuse de ferreros rochers professionnelle, avignonaise de souche , féministe et anti-speciste, droguée à George Sand et à Proust, au vernis rouge, aux séries américaines et au soleil de Nantes (non ceci n'est pas une oxymore) le dimanche, absolument non fréquentable.
  • Charles des Portes

    Le seul truc qui me dérange c’est de dire le mariage homosexuel, c’est le mariage OUVERT aux homosexuels. Il y a une nuance de poids je pense.

  • Emma

    Voilà une affaire qui a fait grand bruit aujourd’hui ! L’Eglise sait très bien comment manier les mots pourtant le rapprochement avec le mariage homosexuel n’est pas si difficile à comprendre… L’Eglise n’a pas à rentrer dans le débat politique puisqu’il est question d’une union CIVILE. Il faut espérer que chacun saura se faire sa propre opinion.

    • Nicolas

      L’Eglise fait cette prière au sein de sa communauté, il serait de bon ton que les censeurs bien pensants s’abstiennent de crier au scandale comme à chaque fois que l’Eglise rappelle son dogme. Le mariage civil n’est qu’une laicisation de l’institution qu’à créée le Christianisme, religion svp de 60% des français. L’Eglise est donc bien fondée et dans son rôle (un sondage Europe 1 l’a confirmé) en donnant son avis, qui plus est lors d’une prière adressée à Dieu par les croyants.

      • Jojo

        60% des français… Euh je pense pas que la totalité de ce pourcentage PRATIQUE, ou du moins ils pratiquent que lorsque ça leur chante pour une grande partie, pour revendiquer et faut pratiquer.

        “L’Eglise n’a pas à rentrer dans le débat politique” je suis tout a fais d’accord avec; ils faut laisser les fous (politique) entre eux.

        L’homosexualité… une pratique malsaine qui existait bien avant les années dites “av J.C”, mariage ou civil ou non.

      • https://twitter.com/michaelrousseau Michael ROUSSEAU

        “L’homosexualité … une pratique malsaine ”
        Pardon ?!?

  • Charles des Portes

    Je pense, du moins j’espère que c’était ironique le “une pratique malsaine” …